S’aimer et s’accepter
L’estime de soi et la confiance en soi sont étroitement liées, mais elles ne désignent pas exactement la même chose.
La confiance en soi concerne davantage ce que nous nous sentons capables de faire : prendre une décision, nous exprimer, affronter une situation nouvelle, soutenir notre position face aux autres.
L’estime de soi touche à quelque chose de plus intime : la valeur que nous nous accordons à nous-mêmes.
On peut ainsi être compétent, réussir professionnellement, être entouré et pourtant conserver intérieurement le sentiment de ne jamais être tout à fait à la hauteur.
D’où vient alors cette manière de se regarder ?
Nous apprenons d’abord à nous voir dans le regard des autres

L’image que nous avons de nous-mêmes ne se construit pas dans la solitude.
Avant même de pouvoir penser qui nous sommes, nous avons été regardés, nommés, encouragés, comparés, admirés parfois, critiqués aussi. Les paroles et les attitudes de ceux qui nous entouraient ont progressivement participé à la représentation que nous avons construite de nous-mêmes.
L’enfant découvre ainsi quelque chose de sa propre valeur dans le regard de ceux qui comptent pour lui.
Certaines paroles disparaissent de la mémoire et pourtant continuent parfois d’agir : tu es trop sensible, tu pourrais faire mieux, regarde ton frère, tu es difficile, tu n’es jamais contente…
À l’inverse, l’enfant peut également avoir été fortement valorisé et découvrir plus tard combien il lui est difficile de supporter de décevoir.
Peu à peu se construit une image intérieure de ce que nous pensons devoir être pour être aimé, reconnu ou accepté.
Ce que les autres pensent de moi… ou ce que j’imagine
qu’ils pensent
À l’âge adulte, ce regard extérieur peut demeurer étonnamment présent.
Un silence devient une désapprobation. Une remarque anodine peut être vécue comme une critique. Le succès d’un autre devient la preuve de notre insuffisance. Un compliment lui-même peut être difficile à recevoir : il dit cela pour me faire plaisir.
Ce qui nous fait souffrir n’est alors pas toujours ce que les autres pensent réellement de nous, mais ce que nous imaginons qu’ils pensent.
Nous interprétons leurs réactions à travers l’image que nous avons déjà de nous-mêmes.
Celui qui se sent profondément insuffisant trouvera facilement dans le monde de quoi confirmer son insuffisance. Celle qui se croit peu désirable remarquera davantage les signes susceptibles de conforter cette conviction.
Le regard de l’autre devient ainsi parfois le miroir de notre propre jugement.
Pourquoi est-il parfois si difficile de s’aimer ?
« S’aimer » pourrait sembler relever d'une décision : il suffirait de cesser de se dévaloriser, de penser positivement ou de prendre confiance en soi.
La réalité psychique est beaucoup moins simple.
Certaines personnes savent parfaitement qu'elles possèdent des qualités et demeurent pourtant incapables de les ressentir véritablement. Elles peuvent même entendre les compliments qui leur sont adressés sans parvenir à les intégrer.
C'est que l'image de soi ne relève pas uniquement de la raison.
Elle s'est construite au fil d'une histoire, dans les relations, les expériences, les réussites, les échecs, mais aussi dans ce que chacun a cru devoir devenir pour être aimé.
Derrière une faible estime de soi se cache parfois une exigence considérable envers soi-même.
Il ne s'agit alors pas seulement de se trouver « insuffisant », mais de se comparer sans cesse à celui ou celle que l'on pense devoir être.
Et plus cet idéal est inaccessible, plus la distance avec soi-même devient douloureuse.
S’accepter ne signifie pas renoncer à changer
S’accepter est parfois confondu avec une forme de résignation : je suis comme cela, je n’y peux rien.
Ce n'est pourtant pas nécessairement cela.
S'accepter pourrait plutôt consister à pouvoir regarder ce que l'on est sans devoir immédiatement le juger.
Reconnaître ses fragilités sans en faire des fautes. Reconnaître ses désirs sans systématiquement les soumettre au regard d'autrui. Accepter aussi ses contradictions : ce que l'on aime en soi et ce que l'on aime moins, ce que l'on voudrait changer et ce qui appartient peut-être simplement à notre singularité.
Il devient alors possible de distinguer ce que je suis de ce que j'ai appris à penser de moi.
Cette distinction peut être essentielle.
Se rencontrer plutôt que devenir quelqu’un d’autre
Un travail thérapeutique autour de l'estime de soi ne consiste pas nécessairement à fabriquer une version plus sûre, plus performante ou plus séduisante de soi-même.
Il peut commencer par une autre question :
Pourquoi est-ce que je me regarde ainsi ?
À qui appartient cette voix intérieure qui me dit que je ne suis jamais assez bien ? Depuis quand ai-je besoin du regard de l'autre pour savoir ce que je vaux ? Qu'est-ce que je cherche à prouver, et à qui ?
Progressivement, certaines certitudes sur soi peuvent alors être interrogées.
Ce que l'on croyait être un défaut peut apparaître comme une ancienne manière de se protéger. Ce que l'on prenait pour une incapacité peut révéler une peur. Ce que l'on croyait être « soi » peut parfois se révéler être le regard d'un autre que l'on a fait sien.
S'aimer et s'accepter ne signifie peut-être donc pas apprendre à s'admirer.
C'est parvenir, peu à peu, à ne plus avoir besoin d'être quelqu'un d'autre pour pouvoir être soi.


