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Baisse de la libido en couple : quand le désir s’éloigne

23 oct. 2023
4 min de lecture

La baisse du désir sexuel est une difficulté fréquemment évoquée dans les consultations de couple. Elle peut concerner l’un des partenaires ou les deux, apparaître progressivement ou sembler s’installer presque soudainement.


Elle est parfois vécue comme un signe inquiétant : Est-ce que je l’aime encore ? Est-ce qu’il ou elle me désire toujours ? Est-ce que notre couple est en train de disparaître ?


Pourtant, le désir n’est pas une constante. Il évolue au cours d’une relation, traverse des périodes d’intensité et d’autres de retrait. Fatigue, préoccupations, arrivée des enfants, transformations du corps, conflits, ressentiments, événements de vie ou simplement passage du temps peuvent modifier la manière dont chacun rencontre l’autre.


La question devient alors moins : « Comment retrouver la sexualité du début ? » que : « Que s’est-il passé entre nous pour que le désir ne circule plus de la même manière ? »


Lorsque le désir s’éloigne, la sexualité peut devenir le lieu où s’exprime quelque chose de la relation.
Lorsque le désir s’éloigne, la sexualité peut devenir le lieu où s’exprime quelque chose de la relation.

Le désir suppose que l’autre reste autre

Au commencement d’une relation, l’autre est encore largement inconnu. On le découvre, on l’imagine, on l’attend. Une part de lui nous échappe.


Avec les années, la proximité augmente. Les habitudes se construisent, le quotidien s’organise, chacun connaît les gestes, les réactions et parfois même les phrases de l’autre avant qu’il ne les prononce.


Cette familiarité est précieuse : elle participe au sentiment de sécurité du couple. Mais elle peut aussi produire un paradoxe.


Car le désir a souvent besoin d’une certaine distance.


Lorsque l’autre devient totalement familier, lorsqu’on croit tout savoir de lui, il peut perdre une partie de cette étrangeté qui nourrissait autrefois la curiosité et l’attirance.


Préserver le désir ne signifie donc pas fabriquer artificiellement du mystère. Il s’agit plutôt de reconnaître que, même après vingt ans de vie commune, l’autre ne nous appartient jamais entièrement et demeure un sujet que nous ne finirons jamais de découvrir.


Le manque : pouvoir se retrouver après s’être séparés

Le désir suppose également de pouvoir éprouver l’absence.


Dans certains couples, la proximité devient progressivement permanente : mêmes activités, mêmes amis, mêmes habitudes, mêmes espaces. Cette fusion peut être rassurante, mais elle laisse parfois peu de place au manque.


Or on ne peut véritablement retrouver quelqu’un que si l’on a pu, un moment, être séparé de lui.


Lire seul, voir ses amis, pratiquer une activité personnelle, partir quelques heures ou quelques jours sans son conjoint ne menace pas nécessairement le couple. Ces espaces individuels permettent aussi à chacun de continuer à exister en dehors de la relation.


Et lorsque l’autre revient, quelque chose peut de nouveau advenir : il a vécu sans moi, j’ai vécu sans lui, et nous avons quelque chose à nous raconter.


La distance cesse alors d’être une menace pour devenir un espace dans lequel le désir peut parfois se reformer.


La séduction ne commence pas dans la chambre

Avec le temps, certains couples cessent progressivement de se séduire.


Non parce qu’ils ne s’aiment plus, mais parce que l’autre semble acquis. Les gestes de tendresse deviennent plus rares, les regards changent, les paroles affectueuses diminuent. La relation fonctionne, mais quelque chose de la rencontre s'est effacé.


Pourtant, la sexualité ne commence pas au moment où l’on franchit la porte de la chambre.


Elle peut se préparer bien auparavant : dans un regard, une parole, un geste, une attention, une manière de toucher l’autre ou simplement de lui faire sentir qu’il demeure désirable.


La tendresse et l’érotisme ne sont d'ailleurs pas toujours séparés. Se prendre la main, s’embrasser, se frôler, se parler avec douceur ou laisser entendre son désir entretiennent une intimité qui dépasse largement l'acte sexuel.


La séduction n’est donc pas uniquement destinée aux premiers mois d’une histoire. Elle peut demeurer une manière de continuer à choisir l’autre alors même que l’on vit avec lui depuis longtemps.


Quand la baisse de libido raconte autre chose

Il serait cependant réducteur de considérer toute baisse de désir comme un simple effet de la routine.


Parfois, le corps exprime quelque chose que le couple ne parvient pas encore à mettre en mots.


Un ressentiment ancien, une colère silencieuse, le sentiment de ne plus être entendu, une blessure, une infidélité, une modification de l’image de soi ou une difficulté personnelle peuvent investir la sexualité.


Le désir peut alors devenir le lieu où se manifeste un conflit qui semble, en apparence, concerner autre chose.


C’est pourquoi chercher immédiatement des « techniques » pour retrouver une sexualité satisfaisante ne répond pas toujours à la véritable question.


Il peut être plus fécond de se demander : depuis quand le désir a-t-il changé ? Que se passait-il alors dans notre vie ? Que ressentons-nous aujourd’hui l’un envers l’autre ? Qu’est-ce qui peut encore être dit entre nous et qu’est-ce qui ne l’est plus ?


Retrouver le désir ou retrouver l’autre ?

Une thérapie de couple n’a pas pour fonction de prescrire une fréquence des rapports sexuels ni d'imposer une conception de la sexualité heureuse.


Elle peut en revanche offrir un espace pour comprendre ce que la disparition ou la diminution du désir vient signifier dans l’histoire singulière du couple.


Car derrière la question « Pourquoi n’avons-nous plus envie de faire l’amour ? » se dissimule parfois une autre interrogation :


« Que sommes-nous devenus l’un pour l’autre ? »


Le travail consiste alors moins à reproduire la passion des premiers temps qu’à permettre aux deux partenaires de se rencontrer autrement, avec ce qu’ils sont devenus.

Le désir ne se commande pas.


Mais il peut parfois réapparaître lorsque l’autre cesse d’être seulement celui avec qui l’on partage le quotidien et redevient, un instant, quelqu’un que l’on regarde.

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