Enfant-roi, enfant-tyran : quand l’enfant prend le pouvoir dans la famille
- 23 avr. 2023
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours
On parle volontiers d’« enfant-roi » ou d’« enfant-tyran » lorsqu’un enfant semble avoir progressivement pris une place considérable dans le fonctionnement familial.
Les parents négocient, répètent, cèdent parfois pour éviter une crise, puis tentent de rétablir leur autorité. Peu à peu, toute la famille peut finir par s’organiser autour des réactions de l’enfant.
Ces expressions ne constituent pas des diagnostics. Elles permettent plutôt de décrire certaines situations dans lesquelles les places de chacun sont devenues difficiles à tenir.
La question n’est alors pas seulement : « Pourquoi cet enfant n’obéit-il pas ? »
Elle peut devenir : « Comment notre famille en est-elle arrivée à fonctionner ainsi ? »

Quand l’enfant finit par organiser la vie familiale
Les difficultés peuvent prendre des formes très diverses : refus répétés, colères lorsque la frustration apparaît, négociations interminables, opposition aux règles ou conflits autour des écrans, du coucher, de l’école ou de la vie quotidienne.
Mais le signe le plus intéressant n’est peut-être pas le comportement isolé de l’enfant. C’est parfois ce qui se passe autour de lui.
Les parents anticipent ses réactions. Ils renoncent à certaines décisions pour éviter une crise. Ils peuvent aussi se contredire sur la manière de réagir : l’un pose une limite, l’autre l’assouplit ; puis les rôles s’inversent.
Progressivement, l’enfant peut occuper une place qu’il n’est pourtant pas en mesure d’assumer : celle de celui autour duquel s’organise la famille.
Ce qui se joue parfois derrière la difficulté à poser des limites

Poser une limite à son enfant paraît simple en théorie. Dans la réalité, cela peut venir toucher quelque chose de beaucoup plus intime chez le parent.
Certains ont connu une éducation très autoritaire et redoutent de reproduire ce qu’ils ont eux-mêmes subi. D’autres éprouvent une forte culpabilité lorsqu’ils disent non. Une séparation conjugale, une histoire familiale douloureuse ou le sentiment de ne pas être suffisamment disponible peuvent également compliquer l’exercice de l’autorité.
L’enfant ne crée donc pas toujours à lui seul la situation dans laquelle il se trouve. Il prend place dans une histoire familiale, avec ses fragilités, ses non-dits et parfois ses blessures transmises d’une génération à l’autre.
Cela ne signifie pas que les parents sont « responsables » de tout. Cela signifie que le comportement de l’enfant peut parfois être compris comme l’un des éléments d’un fonctionnement familial plus vaste.

Quand le couple parental a besoin de retrouver sa place
Lorsque les parents ne parviennent plus à s’accorder sur les limites, la difficulté de l’enfant peut progressivement devenir un conflit entre eux.
L’un se trouve « trop sévère », l’autre « trop permissif ». Chacun corrige l’autre devant l’enfant et, sans le vouloir, le couple parental perd de sa cohérence.
Un travail avec les parents peut alors permettre d’interroger leurs conceptions respectives de l’autorité, leurs histoires éducatives et les désaccords qui se rejouent à travers l’enfant.
L’objectif n’est pas de devenir des parents parfaits. Il est de retrouver suffisamment de cohérence pour que l’enfant puisse redevenir un enfant et les adultes reprendre leur place d’adultes.


